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| Livres
du mois de mars 2006 : |
| ceux
de Jean-Marie Gustave Le Clézio |
Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice, le 13 Avril 1943, d'une famille bretonne émigrée sur L'île Maurice au XVIII siècle. Ce Docteur en lettres obtint le Prix Renaudot en 1963 avec "Le procès verbal". Il n'a jamais cessé d'écrire et a ainsi produit aujourd'hui près de 40 ouvrages et la source n'est pas tarie. En 1980, il reçut encore le prix Paul Morand pour l'ensemble de son oeuvre. En dehors de ses romans, d'inspiration souvent autobiographique ou du moins familiale, voyageur, écrivain, passionné par les civilisations anciennes, il s'est toujours intéressé aux cultures africaines et d'Amérique latine et leur a consacré des témoignages et des essais.
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Ourania
5 étoiles Entre humanité et utopie: le monde et les mots Ourania. Tel est le nom du pays imaginaire où Daniel Sillitoe avait pris l'habitude de se réfugier lorsqu'il était petit garçon. C'était en France, dans un petit village de montagne, pendant la guerre. Et Daniel songeait à Ourania en écoutant sa mère qui lisait à voix haute, les mots du livre suscitant un monde imaginaire, tellement plus séduisant que le monde réel. Les mots, la part du monde réel qu'ils peuvent saisir et celle plus grande encore qu'ils échouent à capter. Les mots et leur capacité à s'ériger en mondes imaginaires, en systèmes économiques, en idéologies politiques, en Utopies et en théories anthropologiques. Les mots restent au centre des préoccupations de Daniel Sillitoe lorsque, devenu adulte et exerçant la profession de géographe, il se retrouve au Mexique pour y mener un projet d'étude qui le conduit à partager son temps entre des observations de terrain dans la vallée du Tepalcatepec et des recherches à la bibliothèque de l'Emporio, un centre de recherche multidisciplinaire qui regroupe historiens, géographes, sociologues et anthropologues. L'Emporio est installé dans une petite ville de province, qui tire l'essentiel de sa prospérité de la culture intensive des fraises (et du travail des femmes et des enfants des bidonvilles qui s'écorchent les doigts à les cueillir pour un salaire de misère). Devant l'injustice de cette exploitation des pauvres, deux approches s'affrontent: celle des anthropologues de l'Emporio pour qui la misère est un objet d'étude qui en vaut bien un autre, matière à la construction d'échaffaudage intellectuel, et celle de Daniel, qui s'efforce de reconnaître aux travailleurs des fraises, et aux filles de la zone rouge, un visage humain, mais dont les bonnes intentions se heurtent sans cesse aux tentations dont il n'est que trop conscient du voyeurisme et d'une bonne conscience achetée à bon compte aux moyens de quelques aumônes... Le Mexique est aussi pour Daniel le lieu de sa rencontre avec Raphaël, un jeune garçon qui lui fait découvrir la communauté idéale de Campos, l'Utopie du Conseiller Anthony Martin. Et c'est surtout le lieu d'une épreuve initiatique par laquelle le Réel prend le pas sur le Rêve, et où l'autre, humain, semblable mais pourtant différent et inconnaissable, prend le pas sur les représentations où l'on veut l'enfermer, même si le Rêve ne disparaît pas, qui sera précieusement conservé dans un recoin de la mémoire. C'est un heureux hasard qui me fait découvrir "Ourania" dans la foulée de ma lecture du "Livre des fuites", un roman plus ancien de J.M.G. Le Clézio où il avait tenté (et malencontreusement échoué) à fixer un reflet de toutes ces aventures humaines ignorées, oubliées et précieuses à la fois. Ces deux livres se font étrangement écho: Daniel est un autre Jeune Homme Hogan qui aurait enfin cessé de fuir, et "Ourania" réussit là où "Le livre des fuites" avait échoué - susciter devant le lecteur une multiplicité d'expériences humaines sans le perdre en cours de route. "Ourania" est un livre profondément humain et émouvant où J.M.G. Le Clézio nous donne le meilleur de son écriture: une simplicité admirable, c'est si simple qu'on pourrait bien passer à côté si on ne lui accorde pas toute son attention, et c'est du tout grand art. Extrait: "Je crois que c'est sur cette
nappe que j'ai pensé la première fois à un pays imaginaire.
Il y avait ce gros livre rouge que ma mère lisait, et qui parlait
de la Grèce, de ses îles. Je ne savais pas ce que c'était
que la Grèce. C'étaient des mots. Dehors, dans les magasins
où j'accompagnais ma mère et ma grand-mère quand
elles allaient acheter du lait ou des pommes de terre, il n'y avait pas
de mots. Seulement le son des cloches, le bruit des galoches sur le pavé,
des cris. Fée Carabine |
Coeur brûle et autres romances. 3 étoiles 1/2 Sept nouvelles dans ce recueil. La plus
importante, en tête, la nouvelle qui a donné son titre au
recueil. Et autres romances ? Ca parle bien de femmes, d’amours
parfois. De là à qualifier ces nouvelles de romances …
Ironie, quand tu nous tiens ! Tistou
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Le rêve mexicain ou la
pensée interrompue Le monde comme un tout Ce très bel essai de J.M.G. Le Clézio est dérangeant à plus d'un titre. Tout d'abord, parce qu'il nous interpelle à propos de la disparition d'une civilisation extrêmement brillante, que la rapacité des conquérants européens a fait disparaître de la surface du monde en un éclair. Il nous fait ressentir profondément la perte qui résulte pour nous de cette destruction: la perte d'une cosmogonie selon laquelle la terre, les hommes et les dieux font partie d'un tout et sont donc réellement liés les uns aux autres, une vision du monde tissée de magie et de beauté et qui eût pu enrichir notre vie aujourd'hui (l'exploitation des ressources naturelles, la protection de l'environnement...), une vision du monde dont ne subsistent que quelques traces fragmentaires dans de vieux codex poussiéreux... Et puis, J.M.G. Le Clézio nous fait aussi prendre conscience de l'impossibilité fondamentale pour les occidentaux individualistes que nous sommes de réellement comprendre cette civilisation qui plaçait l'équilibre du monde bien au-dessus de la vie des individus, ce qui se traduisait par des rites - à nos yeux - d'une extrême cruauté. "Le rêve mexicain" n'est pas d'un accès facile, on se perd un peu dans la panthéon innombrable de ces peuples amérindiens, et l'écriture de Le Clézio, très lyrique, ne facilite pas toujours la tâche du lecteur. Mais ce lyrisme a le mérite de mettre l'accent sur la beauté et la poésie de ce monde perdu. Fée Carabine
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| La Ronde et autres faits divers 4 étoiles Recueil de 11 nouvelles, 11 faits divers,
qui se dégustent comme on pique des fruits dans une corbeille.
On en a à peine terminé une qu’on se demande où
nous emmènera la suivante. Dans l’ensemble, plutôt
tragiques, surtout pas à « happy end », mais toujours
avec tendresse, amour pour ses personnages.
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| L'Africain 2070318478
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La quarantaine 3 étoiles 1/2 Saga familiale
Il faut encore ajouter parmi les thèmes
abordés : l’hérédité (avec la mère
eurasienne de Léon mainte fois évoquée comme possible
explication), le colonialisme (tout au long du roman dans sa forme triomphante
et à la fin, dans sa forme pourrait-on dire, «terminale»),
l’opposition entre les fondamentaux humains et les fondamentaux
sociaux, pour ne pas parler de la culbute si facile à faire,
du riche vivant au mort dépourvu de tout, en passant par le vivant,
volontairement ou non, dépourvu de tout également. Sibylline |
Gens des nuages 3 étoiles Jemia est la femme de J.M.G. Le Clézio.
Ils se sont connus à Maurice mais la famille de Jemia est originaire
de la Saguia El Hamra (la rivière rouge). Tistou |
Ailleurs Conversation avec J.M.G. Le Clézio Ce petit livre reprend une série d'entretiens entre J.M.G. Le Clézio et Jean-Louis Ezine, des entretiens diffusés sur France Culture en 1988. J.M.G. Le Clézio venait alors de publier "Le rêve mexicain ou la pensée interrompue", l'essai qu'il a consacré à la disparition des civilisations pré-colombiennes, un livre qui est aussi un hommage poétique à la beauté et à la magie d'un monde perdu. Le Mexique et l'écriture - ses lieux, ses rituels, les forces qui la poussent en avant... - sont les deux thèmes principaux de ces conversations qui nous donnent une belle opportunité de pénétrer plus en profondeur un pan de l'oeuvre de l'écrivain français qui partageait alors son temps entre la France et le Mexique, une division inconfortable et une source d'inspiration... Si la réserve légendaire de J.M.G. Le Clézio est clairement perceptible dans les premières pages, Jean Louis Ezine est bel et bien parvenu à nouer un authentique dialogue avec l'auteur. "Ailleurs" évite les écueils habituels du genre de l'interview, et loin de se limiter à un bavardage superficiel, propose un complément très intéressant aux livres de J.M.G. Le Clézio (en particulier au "rêve mexicain"). Extrait: "Au fond, pour moi, les livres
sont comme des bornes sur un itinéraire. Plus tard, quand on
se retourne, on se dit: «Ah oui, ça va dans cette direction»,
mais au moment où l'on avance, quand on pose son jalon, on ne
sait pas trop où l'on va, On laisse du moins sa trace. On ne
sait pas si ça va signifier quelque chose, si c'est un détour
pour rien ou si, au contraire, on est revenu en arrière; c'est
très difficile à savoir. C'est là que les autre
sont importants. Ecrire sans être lu, ce doit être très
décourageant, et très difficile. Je crois qu'un écrivain
a foncièrement besoin qu'on lui dise: «Non, ça ne
va pas»; ou bien: «Ah oui, ça, j'ai bien aimé,
mais pas le reste». N'importe quoi, mais qu'on lui dise quelque
chose." (pp. 17-18) Fée Carabine |
Sirandanes 3 étoiles Suivi d’un petit lexique de la langue créole. JMG et Jemia Le Clézio ont passé
leur enfance à Maurice. Cette île si accueillante où
le créole règne en maître bien que l’Anglais
soit la langue officielle. « Bul disan anba later ? « Kan mo gran manman dézbiyé,
mo ploré ? JMG Le Clézio nous confie son attachement
à cette langue parlée qu’est le créole, qui
l’a bercé dans son enfance, et nous donne un lexique de la
langue créole et des oiseaux. Et enfin, pour rester dans le domaine
du personnel, des illustrations ponctuent régulièrement
la lecture, qui sont des dessins ou aquarelles de JMG Le Clézio.
Tistou |