Affection
"Ôtez-moi mes affections et je serai pareille
à une algue que l'on a retirée de l'eau, à une
coquille de crabe, à une défense d'éléphant.
Mes entrailles, la moelle de mes os, la pulpe, tout s'écoulerait
hors de moi, un souffle suffirait à me pousser jusqu'à
la première flaque et à m'y noyer."
Virginia Woolf, citée par Geneviève Brisac et Agnès
Desarthe dans "V.W. (Le mélange des genres)"

Bibliothèque
"De temps en temps, j'allais passer une soirée
à la bibliothèque municipale pour lire. C'était
pour moi prendre un billet pour le paradis."
Henry Miller, "Lire aux cabinets"

"Rat d'accord, mais de ceux qui fouinent et s'enfouissent
dans les livres, pour lesquels les chefs de bibliothèque ont
un sourire indulgent, quand ils partent après tout le monde;
l'hiver a besoin d'une lampe depuis longtemps et ils sont toujours là,
le néon ne les gêne pas, ils sont loin dans les pages qui
ne parlent pas de néon."
Pascale Tison, "La joie des autres"
Blessure
« A n’en
pas douter, il est des évènements qui agissent sur le
corps plus sûrement que des coups qui nous seraient portés,
ou des métastases qui accompliraient leur sale besogne. »
Philippe Besson, « Les jours fragiles »

Bonheur
"Peut-être que c'est l'amour pour un autre,
ou pour d'autres. Peut-être que c'est faire ce qu'on fait le mieux.
Je ne pourrais pas dire si c'est une science ou un art. Cela pourrait
très bien consister à être
soi-même, à être honnête, et rien d'autre,
et le bonheur en découlerait."
traduction libre de: "Perhaps it is the love of another, or others.
Perhaps it is doing what you do best. I cannot tell you if it is science
or art. It may very well be self, and honesty, and nothing beyond, and
then happiness follows from that."
Rick Bass, "Oil Notes"

Création
"(...) pour la première phase du processus
tout au moins, le mot création est inadéquat. Il s'agit
alors de laisser monter en soi ce qui vient d'une source inconnue et
qui a sans doute son origine dans la toute petite enfance. La création,
au sens de la Genèse, se fait au second stade, lorsqu'il s'agit
de mettre en ordre, de séparer ou d'établir des passerelles
et des cheminements souterrains entre les différentes parties."
Henry Bauchau, "Journal d'Antigone"
"(...) il parlait les yeux fermés, et ne travaillait à
rien d'autre qu'à ses oeuvres, supposais-je à le voir
demeurer presque tout le temps au salon, face au bow-window, immobile,
dans un silence que je ne pouvais m'expliquer que comme le travail même
de la création, sans toutefois aller jusqu'à deviner qu'un
créateur travaille aussi bien quand il n'est pas à son
piano ou à sa table de travail que lorsqu'il y peine, que les
oeuvres s'élaborent en nous autant que nous y travaillons, et
qu'elles nous façonnent de la même façon, sinon
mieux, que les années."
Richard Millet, "Musique secrète"

Critique
"Nous devons devenir nous-mêmes des critiques,
nous apprendre nous-mêmes à comprendre la littérature
parce que l'argent ne peut penser à notre place, parce qu'à
l'avenir nous ne pouvons laisser le pouvoir à un petite classe
de jeunes gens aisés qui n'ont qu'une pincée, qu'un dé
à coudre d'expériences à nous offrir. Des critiques:
des personnes qui lisent beaucoup, sans cesse, sans a priori, sachant
que pour bien lire il faut une grande finesse de perception et une grande
hardiesse d'imagination."
Geneviève Brisac et Agnès Desarthe, "V.W. (Le mélange
des genres)"

Destin
"Presque toujours, chaque chose mérite ce qu'elle obtient,
bon ou mauvais, en fait de destin. Nous travaillons
dur pour notre désastre, semble-t-il."
traduction libre de: "Nearly always, everything deserves the thing
it earns, good or bad, in the category of fate. We are working hard
for our disaster, it seems."
Rick Bass, "Oil Notes"

« Parfois, le
destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace
sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la
tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le
rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi.
C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable
de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant
l’aube. Pourquoi ? Parce que cette tempête n’est pas
un phénomène venu d’ailleurs, sans aucun lien avec
toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur
de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer
délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher
les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer,
et la traverser pas à pas. »
Haruki Murakami « Kafka sur le rivage »

Dire
« Et s’il
s’agit de quelque chose que les mots sont impuissants à
exprimer, le mieux, c’est de ne pas en parler du tout. »
Haruki Murakami, « Kafka sur le rivage »
«Il y a des choses,
tu sais, qui deviennent fausses dès qu’on en parle. Tu
comprends ça? »
Haruki Murakami, « Chroniques de l’oiseau à ressort
»

Disparition
« Il existe un univers d’amour, de trahison et de mort que
personne ne remarque. Les principaux concernés vieillissent,
et comme ils ne sont pas particulièrement séduisants ni
célèbres, sinon pour le petit cercle de leurs intimes,
le contenu émotionnel de leur existence s’évapore.
»
Jim Harrison, « Faux soleil »
Douleur
"Le fils de l'Ange frappa du poing contre la paume
de sa main. Il sentit que le coup avait été très
doux, que cela ne valait pas la peine, que la douleur ne remontait pas
au cerveau. Il recommença. Rien à faire. Héctor
insista. Il connaissait trop bien ces moments où la douleur était
incapable d'ôter la douleur. C'était une vieille histoire."
Paco Ignacio Taibo II, "D'amour
et de fantômes"

Doute
"On doit examiner sans jamais faire semblant de
comprendre, et si le moindre doute surgit, on lui ouvre grand les bras.
C'est un regard spéculatif, curieux et naïf - au bon sens
du terme -, ne faisant appel à aucun filtre pour éviter
l'aveuglement, à aucune entourloupe pour gonfler de sens ce qui
en est dépourvu. On fera avec l'éblouissant, avec l'absurde,
avec l'épouvantable, puisqu'ils sont là, ne faisons pas
comme si on n'avait rien vu."
Geneviève Brisac et Agnès Desarthe, "V.W. (Le mélange
des genres)"

Ecriture
“Toute écriture d’outre
–tombe _peut-être toute écriture_ relève d’une
forme d’emprise, puisqu’elle repose sur la conviction qu’il
serait possible d’agir sur les autres après sa propre mort,
et d’agir sur eux par le langage. »
Pierre Bayard « Il était deux fois Romain Gary »

"Ecrire: un pacte conclu avec moi-même, secrètement,
peut-être à mon insu, avec ce que la conscience suppose
de cheminements souterrains, d'aveuglements, d'impasses, l'obscur pouvant
recevoir le nom de vérité dont le dévoilement est
infiniment différé."
Richard Millet, "Musique secrète"

"L'écriture comme nostalgie de ce qui n'a pas été?
Autant pleurer inlassablement les femmes qu'on n'a pas eues ou celles
que nous ont données les songes et les romans."
Richard Millet, "Musique secrète"

"Mais quand
j'avais sept ans, j'avais du mal à comprendre que je faisais
réellement ce voyage. C'était plus important, pour moi,
de l'écrire que de le faire. Comme si, en me contentant de le
faire, je n'avais pas été suffisamment conscient, ou que
quelque chose allait m'échapper"
J.M.G. Le Clézio, "Ailleurs"

"Oui, depuis le jour où j'ai commencé
à écrire sérieusement, mon seul désir a
été de me décharger de ce livre que je portais
en moi, bien enfoui sous ma ceinture, sous toutes les latitudes et toutes
les longitudes, dans toutes mes douleurs et toutes mes vicissitudes.
Arracher ce livre du fond de moi, le rendre chaud, vivant, palpable..."
Henry Miller, "Lire aux
cabinets"

Ecrivain
"(...) elle est écrivain, c'est-à-dire
qu'elle croit possible de faire ressentir des émotions à
un lecteur en lui décrivant des choses impossibles à peindre,
des gens impossibles à comprendre, des faits impossibles à
expliquer, des souvenirs oubliés."
Geneviève Brisac et Agnès Desarthe,
"V.W. (Le mélange des genres)"

"Croire que l' écrivain est à l'abri
du monde, sur sa petite chaise, bien calée derrière son
bureau, c'est oublier que la lucidité exige un très haut
degré de concentration et qu'elle expose l'âme aux radiations
mortelles du vrai."
Geneviève Brisac et Agnès Desarthe,
"V.W. (Le mélange des genres)"

« C’est
un écrivain. Par la vitre, moi, je vois des images, des situations,
des épiphénomènes.
Lui, il regarde des mots, des histoires, il met la vie en mots. »
Sofia Guellaty, « Le Sablier »

"Un écrivain, c'est quelqu'un
qui a le luxe, la chance - ou parfois, le désespoir - de pouvoir
noter ses gestes inutiles, ses pensées inutiles - en plus des
autres! - et d'arriver parfois à en faire quelque chose qui tienne
debout."
J.M.G. Le Clézio, "Ailleurs"

Egocentrisme
"De tout cela j'ai tiré l'idée arrêtée
et durable qu'il n'y a rien de plus redoutable que l'égocentrisme.
Rien qui blesse autant la personne en cause, rien qui atteigne si cruellement
ceux qui vivent à son contact."
Virginia Woolf, citée par Geneviève
Brisac et Agnès Desarthe dans "V.W. (Le mélange des
genres)"

Erreur
"Un rêve dont les traces ont disparu m'a fait
revivre les erreurs que j'ai commises au cours de ma vie. Je suis écrasé
un moment par le regret du temps et des forces qu'elles m'ont fait perdre.
Je me dis ensuite qu'il a fallu passer par là. Ce sont nos erreurs
qui nous éclairent, qui nous forcent à changer. Vacillant,
accablé par l'impératif de l'écriture et souvent
par le vertige, tel que je suis aujourd'hui, je suis peut-être
plus vrai que je ne l’étais. et même plus heureux."
Henry Bauchau, "Journal d'Antigone"

Exil
"(...) j'entrais dans le véritable exil, qui est intérieur,
et qui a partie liée au temps bien plus qu'aux lieux, la nostalgie
n'étant que le mouvement d'un retour qui ne cesse d'avoir lieu
par défaut ou surcroît de sens. Nous savons qu'il n'y a
pas de retour; Ithaque nous est aussi fermée que Cythère,
et les seules expériences de retour se font, à travers
l'Achéron, grâce à l'art et dans la nostalgie de
ce qui est à venir."
Richard Millet, "Musique secrète"

Les
gens
« Mais non, il ne faut pas croire que les gens
sont aussi mauvais, les bons seront toujours plus nombreux que les mauvais
sur cette planète. »
Yan MO « La carte au trésor »

« Il y a des gens
comme ça, qui sont grands. Non pas par ce qu’ils ont fait
mais par ce qu’ils sont, il se dégage de leurs gestes quelque
chose de chaud et poétique, on voudrait se blottir dans leurs
bras, qu’ils nous prennent sous leur aile et nous montrent le
monde tel qu’ils le perçoivent, on voudrait les manger.
»
Sofia Guellaty, « Le Sablier »

Histoire(s)
"J'ai l'impression que l'Histoire peut être un poids terrible,
une sorte de carcan; un poids culturel trop lourd, un poids qui ne sert
à rien dans la vie quotidienne"
J.M.G. Le Clézio, "Ailleurs"

«Il est très bon d’écouter
des histoires. C’est agréable et, parfois,ça rend
meilleur.»
Mahâbhârata

Imagination
"Il y avait une atmosphère très épaisse.
On ne voyait les côtes qu'à travers une brume, et il faisait
très chaud. Le bateau ne venait pas jusqu'à la côte,
il n'y avait pas de port. Pour se rendre à terre, il fallait
prendre une pirogue. Tout ça faisait que c'était plus
simple d'imaginer. Imaginer qu'on vivait quelque chose d'intense et
de brûlant était en effet plus simple que de tenter de
le vivre dans la torpeur et le bruit des ventilateurs."
J.M.G. Le Clézio, "Ailleurs

Imbécile
« Vous les gens
de la ville tous autant que vous êtes vous êtes des petits
habiles, c'est-à-dire que vous êtes adroits, mais sans
intelligence, vous êtes intelligents mais sans clairvoyance, vous
êtes clairvoyants mais sans sagesse, vous êtes sages mais
votre pensée n’a pas d’altitude, votre pensée
saurait prendre de l’altitude que vous ne sauriez toujours pas
faire les imbéciles, alors que nous, nous qui comprenons les
choses, savons faire les imbéciles. »
Yan MO « La carte au trésor »

Interrogation
"Ils interrogent, non pas pour savoir, mais dans
le désir de rendre absurde ce que leur intelligence bornée
est incapable de saisir."
Henry Miller, "Lire aux cabinets"

Lecture
"L'art d'écrire, nous ne le perdons jamais, mais ce que
nous perdons quelquefois, c'est l'art de lire. Quand nous rencontrons
un adepte de cet art, le don de la vue nous est rendu. C'est le don
de l'interprétation, naturellement, car lire c'est toujours interpréter."
Henry Miller, "Lire aux cabinets

Liberté
"La liberté qui règne dans la démarche
de Kafka, comme dans celle de Proust, est la vraie liberté de
la pensée. Celle qui va, de son pas hésitant et plein
de retours en arrière, vers ce qu'elle ne sait pas, tout en sachant
que c'est là qu'elle doit aller."
Henry Bauchau, "Journal d'Antigone"

Livres
"Je suis la seule à ne pas pouvoir me suffire
à moi-même. La seule dont l'intelligence est trouée.
Je peux lire n'importe quelle quantité de livres - pendant les
vacances j'en consomme deux par jour - et ça ne change strictement
rien, les trous restent là, béants."
Nancy Huston, "Les variations Goldberg"

"Les livres qui seraient atteints par le reflet
du soleil qu'ils ignorent sont encore plus silencieux que les livres
purement littéraires. Ils sont comme le nom d'une personne qu'on
aime et qu'on ne peut dire car ses enfants apprendraient qui est leur
véritable père, qui l'ignore lui-même."
Pascal Quignard, "Les ombres errantes (Dernier Royaume, tome 1)"

Maladie
« (…) j’eus le temps de parler, de
lire, de réfléchir à l’idée de maladie.
Les découvertes que j’ai faites sont à mon seul
usage. Il m’a semblé que, plusieurs fois, un désir
insupportable a été à l’origine de ma maladie.
»
Jim Harrison, « Faux soleil »

Miroir
"Elle ne prit jamais avis de personne sur sa coiffure, et son seul
miroir était tout à la fois son Conseil d'Etat, de Guerre
et de Finance."
Paul Scarron, "Les hypocrites"

Mort
"Au cours d'une vie nous devons, et nos vérités
partielles avec nous, mourir plusieurs fois. Ce que l'idéologie
a méconnu, c'est qu'on meurt pour renaître."
Henry Bauchau, "Journal d'Antigone"

"Ne me plains pas, non, un matin clair
efface la nuit entière, je voulais
juste dire qu'il y a des choses
dont on ne meurt pas, en tout cas
pas nécessairement. J'aurai mille ans hier
- et demain encore le coeur d'un clown ..."
Francis Dannemark, "Trente-trois voix"

«… Les gens sont tristes quand meurt le
petit chat, quand meurt le petit chien, jamais pour une personne…
»
Yan MO « La carte au trésor »

"Je pense qu'on meurt sous les
cyprès, mais qu'on ressuscite à la fin. Je pense qu'à
l'intérieur des ténèbres de soi on tire des feux
d'artifice, on jette des arcs-en-ciel comme des ponts entre les rives
d'un fleuve où l'on s'est noyé, qu'on n'en sait rien,
mais qu'il en reste pourtant quelque chose quand on revient à
la vie: une lueur au point d'un jour vraiment nouveau."
Alain Gerber, "Louie"

"La tentation la plus nocive que connaissent les
hommes n'est pas le mal. Ni l'argent. Ni le plaisir stupéfiant
et les extases diverses qu'il entraîne. Ni le pouvoir et toutes
les perversions qu'il engage. Ni la sublimation et tous les sentiments
imaginaires qu'elle fait lever. C'est la mort."
Pascal Quignard, "Les ombres errantes (Dernier Royaume, tome 1)"

"La mort, sans doute plus proche que je ne crois, et en même
temps lointaine, que souhaiter de mieux, au déclin de l'été,
sous le regard d'une femme qui se tourne vers moi en murmurant que la
mort n'est que le visage trop facile de l'amour, qu'il me reste à
vivre, qu'être écrivain, c'est comme être père
ou amant: subir jusqu'à l'intolérable la possible mort
d'autrui."
Richard Millet, "Musique secrète"

«
Si les hommes vivaient éternellement, s’ils ne disparaissaient
jamais, s’ils pouvaient rester pour toujours dans ce monde, en
bonne santé, sans vieillir, tu crois qu’ils se tritureraient
les méninges pour réfléchir, comme nous le faisons
maintenant ? Nous, tu vois, on réfléchit sur tout, plus
ou moins : philosophie, psychologie, logique. Religion, littérature.
Est-ce que ces pensées, ces notions compliquées existeraient
sur cette terre si la mort n’existait pas ? Je me demande…
»
Haruki Murakami, « Chroniques de l’oiseau à ressort
»

Musique
"La musique est un monde en soi, pareil à celui où
nous sommes, délicieux et pitoyable (impitoyable aussi), suspendu
entre un ciel sans fin qui cherche à l'aspirer et un gouffre
sans fond qui le tire en arrière."
Alain Gerber, "Louie"

"La musique est tombée telle une neige sur
mon enfance."
Richard Millet, "Musique secrète"

"La musique est sans doute la vraie dimension du
visible, l'authentique déploiement de l'arc-en-ciel des sens,
une « percée vers l'au-delà » du sens et de
la figuration."
Richard Millet, "Musique secrète"

Nouveauté
"C'est le mot si étrange de l'empereur Claude:
"Les choses les plus anciennes ont été extrêmement
neuves"."
Pascal Quignard, "Les ombres errantes (Dernier Royaume, tome 1)"

Pendule
« L’horloge du salon frappait contre le mur du temps »
Haruki Murakami, « Chroniques de l’oiseau à ressort
»

« La pendule au-dessus d’elle
frappait bruyamment du bec dans le mur. »
Eugène Zamiatine, « L'inondation »

Pluie
"Vespérale ou nocturne, la pluie est liée à
un sentiment de quiétude, proche et rare bonheur que seule me
donne encore à ce point la musique et dont la nature me reste
énigmatique. (...) Elle obéit à des rythmes aussi
complexes que ceux de Messiaen; elle est, avec le corps à corps
amoureux, une des scansions les plus apaisantes qu'il nous soit donné
de connaître; elle est musique d'un silence neigeux."
Richard Millet, "Musique secrète"

Prêt
« Note bien, je te parle de prêt mais il
n’est pas le moins du monde dans mes intentions de te rendre quoi
que ce soit ; peu importe combien tu donnes, c’est comme de battre
le chien avec une saucisse, tu ne reverras jamais la saucisse. »
Yan MO « La carte au trésor »
Silence
"(...) les plus belles des musiques, celles qui
me requièrent tout entier, sont les oeuvres qui ont lieu au plus
près du silence et dont Anton Webern, Federico Mompou, Luigi
Nono, Morton Feldman, Györgi Kurtag, pour citer quelques compositeurs
qui aujourd'hui m'accompagnent, ont noté le bruissement stellaire,
arachnéen ou mystique qui fait de la musique un silence traduisant
un surcroît de silence."
Richard Millet, "Musique secrète"

« Il est des silences, parfois, qui blessent plus sûrement
qu’une injure. Et des incuriosités qui ressemblent à
s’y méprendre à des abandons. »
Philippe Besson, « Les jours fragiles
»

"(...) le silence n'y est pas perçu
comme une absence de paroles, mais comme une autre manière de
s'exprimer. On pourrait comparer le silence des Amérindiens à
la non-violence des Indiens à l'époque de Gandhi. Quand
les Mexicains se taisent, c'est qu'ils ont quelque chose d'important
à dire. Et il faut le comprendre. (...) Je crois que c'est une
attitude liée à la culture amérindienne. On fait
comprendre les choses sans les dire, on doit les comprendre, comme on
dit, à demi-mot, et quelquefois sans mot du tout."
J.M.G. Le Clézio, "Ailleurs"

Soir
"J'écoutais
au fond de moi la journée s'effondrer joyeusement comme une falaise."
Nicolas Bouvier "L"usage du monde"

Solitude
"Je voudrais peut-être cesser de m'écouter
moi-même pour pouvoir entendre quelqu'un d'autre. Savoir que la
solitude est une bêtise qu'on s'invente pour jouer, mais qu'elle
n'est que cela, rien qu'un jeu..."
Paco Ignacio Taibo II, "D'amour et de fantômes"

Temps
"(...) si je relâche mon attention, le temps
pourrait s'accélérer derrière mon dos, il pourrait
se mettre à passer par sauts et par bonds, et des années
entières disparaîtraient dans la trappe de ma distraction
momentanée."
Nancy Huston, "Les variations Goldberg"

"Ainsi sa révolte contre le cours du temps,
contre le cours des choses, est un parti pris stylistique: privilégier
l'impression, retarder l'analyse, se laisser choquer, ne laisser retomber
le sceau figeant du mot qu'en dernière instance."
Geneviève Brisac et Agnès Desarthe, "V.W. (Le mélange
des genres)"

Travail
"Le travail éloigne
de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin."
Voltaire

Vide
"Il y a des fois où même si on en a l'air, on ne pense
pas. Le vide est facile à imiter, même sans le vouloir.
Les idiots, les poètes célèbres, les ministres
font cela constamment."
Paco Ignacio Taibo II, "D'amour et de fantômes"

Voix
"(...) la voix humaine est vérité
faite femme, c'est-à-dire inaccessible, toujours dérobée,
perceptible, crue infiniment proche, au bord des lèvres et des
doigts, et néanmoins morte depuis longtemps, inscrite au ciel
nocturne dans l'amère vérité de son scintillement."
Richard Millet, "Musique secrète"
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