La Chambre au puits.
Etendu sur mon lit,
je regardais passer les clients de l’hotel. Sans aucune attention
prêtée à ma personne, ils allaient directement au
desk prendre leur clef.
Incapable de me concentrer ou de réagir, je subissais ce va-et-vient incessant sans comprendre. L’obscurité de la chambre, c’était normal. En sous-sol, sous le plancher de l’entrée de l’hotel, chichement éclairée … Jamais on ne m’avait attribué cette chambre dans cet hotel où j’avais mes habitudes. Plafond très haut, murs … de pierre ? Et pas le mobilier habituel. J’étais allongé, habillé, sur un volume rectangulaire plat ; le lit, et là encore un homme s’approchait, pàle et blafard, désincarné. Il passait au pied de mon lit mais ne me voyait pas. En tout cas m’ignorait. Il allait au fond de la pièce, à l’autre bout où l’on ne voyait personne pourtant, et il repartait avec une clef. Ma valise était posée par terre, non déballée, droite. Pas rangée, posée, en travers. L’esprit engourdi, j’étais incapable de bouger et fonctionnais au ralenti. Un autre client succéda au précédent, selon le même cérémonial, et lui aussi, tout aussi indifférent. Tout comme s’il était naturel que je sois étendu sur un lit dans un espace où ils allaient chercher leur clef ! Non. On ne m’avait jamais attribué cette chambre et je me demandais comment j’allais pouvoir dormir. En tournant le regard sur le côté gauche, je pouvais voir le puits, quasiment au centre de la pièce. Il béait sous le plafond élevé. Un puits tout ce qu’il y avait de classique ; une margelle et une ombre inquiétante au milieu. Une femme passait et j’étais content d’être distrait de la vision du puits. Elle ne m’accordait pas plus d’attention que les autres, le visage douloureusement tendu vers le but à atteindre. Elle semblait glisser, tel un spectre. Oui ! Pas de bruit. Voilà ce qui était frappant : cette chambre avec son passage incessant de clients était un véritable désert sonore. Une abstraction auditive. Sauf, à bien y écouter, comme un goutte-à-goutte qui semblait provenir du puits bien qu’il n’y eût pas de mouvements d’eau visibles. Mon regard se tournait à nouveau, sans que ma volonté l’eût commandé, vers cette margelle, ce puits, qui figurait comme une gueule ouverte droit sur le coeur noir qui battait sous la terre, et un ploc_ploc semblait l’habiter. Engourdi, je n’avais même pas l’idée de me lever pour aller faire cesser ce bruit diabolique qui, je le savais, m’empêcherait de dormir. Le plafond était réellement très haut et la pénombre très profonde. Je voyais bien ma valise, posée, de travers, simplement posée, pas déballée, mais le volume restant de la pièce était à peine discernable. Les murs, en pierre manifestement, étaient très éloignés du lit. Le seul élément qui s’imposait à la vue était ce puits terrible dont rien n’expliquait la présence dans la chambre. Et je me prenais à être saisi d’une angoisse qui me tenaillait le coeur. Comme recevoir un coup de stylet dans la poitrine. Et je me prenais à souhaiter que le défilé incessant des clients qui allaient chercher leur clef ne s’interrompe pas, ne me laisse pas en tête-à-tête avec le puits, avec cette margelle qui encadrait une ombre dont pouvait surgir à tout moment, j’en avais l’intuition, une chose terrifiante. Ne pas regarder le puits était une partie de la solution mais mon attention, incontrôlée, était seulement détournée par ces personnes qui passaient, indifférentes, devant mon lit, et allaient au fond chercher leur clef. J’essayais bien de me concentrer sur elles, d’imaginer leurs occupations, leurs caractères d’après leur physionomie mais un vague malaise, un début de tête-qui-tourne m’envahissait alors. Sidération était le terme exact. Sidéré et stupéfié, voilà ce que j’étais. C’était sans issue. J’allais rester en tête-à-tête avec le puits, allongé là sur ce lit qui ne ressemblait à rien, avec ma valise pas déballée. Une peur énorme, et en même temps un sentiment d’impuissance totale, me clouaient sur le lit, incapable d’agir. Ploc-ploc, ploc-ploc. Comme issues du fond du puits, comme des gouttes qui remonteraient à l’air libre. Issues de quoi ? De cette ombre qui m’hypnotisait, me vidait de toutes forces ? Des gouttes pulsées du coeur noir vers on ne sait quelle réalité terrible ? Un sentiment d’immanence, d’évènement à subir contre lequel se révolter aurait été vain ? Et ce puits, là, au milieu. Et ce ploc-ploc qui scotchait ma conscience à cette vision tant redoutée. Et ce sentiment de vide, de chute au ralenti dans l’espace, … Il faut que cela cesse … Je retournerai dans cet hotel. Je l’ai dit, j’y ai mes habitudes. J’éviterai d’y refaire des cauchemars. |
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Champagne Un matin blafard, dans la plaine de
Champagne. L’horizon est plat, blafard aussi. Comme le matin. -Et maintenant avec toute cette électronique,
tu tombes en panne de batterie et tu ne bouges plus. |
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En ligne de mire.
Cela faisait déja trente secondes qu’il
tenait la petite silhouette kakie dans sa ligne de mire. |
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La SaintéLyon
3H40 du matin. Nous abordons la petite
descente raide et glissante qui nous amène au village de Sainte
Catherine, le 30ème kilomètre. Le bois qui nous entoure
est silencieux, seulement troublé par les flops spongieux de
nos foulées. Humide et légèrement boueux. Quand
ce n’est pas la boue, ce sont des pierres glissantes, luisantes
d’humidité. La lumière de nos frontales fait virevolter
sous nos yeux les particules d’humidité du brouillard.
Comme des gouttes d’eau qui ne tomberaient pas, en apesanteur,
que nous venons percuter à mesure que nous avançons.
Ca donne un côté irréel cette pluie qui ne tombe
pas. Irréelle aussi la difficulté de bien appréhender
le relief sous la lumière blanche de nos lampes. Courir en
apesanteur et régulièrement contrôler une foulée
qui dérape sur un rocher humide ou qui vient frapper le sol
plus vite qu’on s’y attendrait, difficulté à
bien apprécier les distances.
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Au bout d’une pique. Il jeta un dernier coup d’œil
à la vaste cave voûtée qui leur avait servi de cachot
ces dix derniers jours. Humide, du salpêtre aux murs, un soupirail
tout en haut qui s’ouvrait à hauteur de la chaussée.
Dix jours qu’ils avaient été maintenus enfermés
dedans, depuis les rafles effectuées par les « citoyens »
dans leurs hôtels particuliers. Dix jours d’une promiscuité
inimaginable avant. Avant les évènements, avant la rafle.
Il jeta un dernier coup d’œil
à la vaste cave voûtée qui leur avait servi de cachot
ces dix derniers jours. Humide, du salpêtre aux murs, un soupirail
tout en haut qui s’ouvrait à hauteur de la chaussée.
Dix jours qu’ils avaient été maintenus enfermés
dedans, depuis les rafles effectuées par les « citoyens »
dans leurs hôtels particuliers. Dix jours d’une promiscuité
inimaginable avant. Avant les évènements, avant la rafle.
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CONTRAINTES : L’action se déroule aux petites heures du matin, dans un endroit où il y aurait de la neige (plein !). Le personnage, pour une raison qu’il reste à développer, aurait une sainte horreur de ça et, donc, ça lui collerait une mauvaise humeur énorme. - On ajoute à ce personnage un chien à trois pattes nommé Trimaran et un chat albinos nommé Fouslecamp. - L’histoire devrait comporter une idée ou une situation paradoxale. - Mots à introduire : « Momie », « Choléra » et « Reflux » Pour le reste (et ça laisse du champ, si si!), c'est à votre entière initiative. (Sur les mêmes contraintes, Sibylline a rédigé le texte "La Chine"et Fée Carabine, le texte "Il neige aussi sur Liège") |
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Hamada. (*) Erfoud. Sud marocain. Hotel La Gazelle,
petit hôtel miteux. Chambre 6, à l’étage.
Les vitres latérales étaient
ouvertes à fond. La 4L filait sur la piste toute droite. Dans
son rétroviseur le Djebel qui dominait Erfoud s’estompait
rapidement. Il faisait encore chaud et des vapeurs de chaleur au loin
faisaient comme des flaques d’eau noire devant la voiture. Encore
plus loin devant, les dunes de Merzouga se devinaient, tremblotantes,
dans le lointain. La jeep des Forces Armées Royales
(****) s’arrêta en cahotant à cent mètres
de l’épave. L’homme en djellabah ouvrait précipitamment
la portière. (*) Hammada ou Hamada : plateau pierreux
du désert Saharien. |
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| Ce texte a été
écrit avec les contraintes imposées suivantes :
………Qui : Un homme (Loth) et
sa fille muette (Esmeralda). Où : dans la file d'attente devant
le comptoir d'enregistrement des bagages d'un aéropor. Quand :
au paléolithique supérieur. ***** Pale-Olitic « Rretourrner taxi. Parrtirr. Encorre
beaucoup rroute ! » Dragan se levait péniblement de son siège,
manquant tomber, la main encore cramponnée au dernier verre de
SLIVOVIC qu’il venait de siffler. Le supplice du taxi-essoreur avait cessé
depuis un quart d’heure. Le taxi était garé devant
des baraquements en tôle et Dragan discourait avec deux uniformes,
presque aussi poussièreux que ledit taxi. ESMERALDA n’avait
pas bougé mais leurs 2 valises avaient été sorties
par Dragan et trônaient derrière lui. Le dialogue semblait
laborieux, et un des gars agitait la feuille de JUSTUVICA sous le nez
de Dragan. Derrière eux, encore plus loin, sur la piste herbeuse,
un petit avion à hélices était stationné.
Jean Paul était comateux. Et poussièreux aussi. C’est
fou comme la dignité fout le camp avec la chaleur, la poussière
et l’incompréhension du monde qui vous entoure ! |
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Ca commencerait comme ça
…
Les premières notes de «
By the way » des Red Hot commençaient à installer
le climat étrange, doux, nostalgique et désespéré
dans l’habitacle de la voiture. « By the way » avait
ce pouvoir mystérieux sur sa sensibilité, à lui,
surtout le passage mélodique.du début. Elle, ne l’aimait
pas. By the way égrénait
ses dernières notes. Flottait encore dans l’atmosphère
le sentiment étrange qui pouvait l’empoigner à son
écoute. Il connaissait le morceau qui allait suivre : Safeway Cart
de Neil young. Long, sombre, entêtant, propice aux réflexions
teintées de gris. Le morceau se déroulait avec la régularité
et les à-coups d’un moteur de frigo qui bourdonne, monte
en puissance comme pour démarrer et retombe. A croire que le pauvre
Neil ne connaissait plus ce jour là que les deux cordes supérieures
du manche de sa guitare ! C’est là. Le trafic s’était fait plus
calme. La patronne se tenait près d’eux encore. Une voiture
était arrivée, bruyante. Elle avait attaqué la courbe,
agressivement. Et passant juste devant la terrasse, le conducteur avait
tourné la tête vers eux, vers la terrasse. Ils avaient vu
distinctement son visage et son torse nu par la fenêtre ouverte.
Et il avait klaxonné trois coups. Trois coups longs. Le gars était d’ici. Il faisait
partie d’une milice pendant les années de guerre. Et il avait
guerroyé, violé, tué, comme c’était
dans le contrat. Une nuit, avec d’autres, il avait encerclé
une maison, de l’autre bord. Ils avaient guerroyé, violé,
tué. La femme de ce bar était la seule rescapée.
Elle savait qu’il faisait partie des assassins. La fin de la guerre
était vite arrivée. Les positions, la situation avaient
été figées en l’état. L’Euroforce
s’était installée, pour assurer l’ordre, la
paix. Prescience des évènements,
imagination délirante ? Crispation du visage de la femme, arrogance
du fier-à-bras en voiture ?
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Conte de Noel
Il était une fois à Rovaniemi,
en Finlande, le Père Noel. Le dernier Noel s’était avéré
une catastrophe en fin de tournée. Lors du retour vers Rovaniemi,
les vieux rennes épuisés avaient mal négocié
un virage et le traîneau s’était fracassé sur
un gros rocher. Les rennes s’étaient blessés et le
Père Noel en avait été quitte pour la peur. Mais
quand il avait fallu aborder le sujet de la réparation du traîneau
et du remplacement des rennes (les rennes, ça ne se répare
pas), on lui avait fait comprendre qu’il n’y avait pas le
financement, pas de sous quoi. C’était un hélicoptère
qui était venu les rechercher. Ils étaient montés
dedans toujours aussi furieux. Leur au-revoir n’avait pas été
chaleureux. Ils lui avaient promis les conclusions de l’audit très
prochainement. Le Père Noel venait de taper du
poing sur la table. Il s’était levé et ses yeux étaient
maintenant pleins d’une vigueur nouvelle. Même le feu de bouleau
dans la cheminée semblait repartir de flammes plus dansantes, et
les crépitements crépiter plus joyeux.. Pendant ce temps, le Père Noël et les lutins n’avaient pas perdu leur temps. La forêt avait résonné de cris joyeux et de l’écho des outils en train de frapper, scier et clouer. Le lutin charpentier avait retapé le traîneau en bois. Qui couinait beaucoup. Les deux rennes s’étaient réentraînés à courir avec beaucoup d’entrain et un peu de mal, quand même. Et le Père Noël mettait la dernière main à la liste des destinataires, qu’il reconstituait de mémoire. Et il avait du mal. Le lendemain de Noël, « La
Gazette de Rovaniemi » titrait en première page : Et surtout, surtout. Vos cadeaux en cette veillée de Noël 2005. Regardez bien ! Est-ce bien ce que vous aviez commandé ? |
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Sept ans.
Neuf heures. Bâtiment gris. Bâtiment
haut. Sans âme. Tension. Peur. Pas qui résonnent. Long couloir.
Crispé. Tribunal d’Assises. Boule. Dans la gorge. Attendre.
Robes noires. Avocats. Tension. Gardiens. Présenter convocation.
Fouille. Vide. Peur. Jurés à droite. Témoins à
gauche. Robe rouge. Président. Contracté. Emotions. Box
accusé. A droite. Box accusé. Il entre. Menottes. Gendarmes.
Menottes. Tête basse. Tripes nouées. Tête en paté
de foie. Président. Assesseurs. Devant. La victime. Belle. Pleure.
Sa mère. A côté. Grand vide. Brouhaha. 41 jurés.
Tirage au sort. Récusé ! Récusé ! Avocats.
Elle baisse la tête. Pleure. Il a la tête basse. Appel témoins.
Pas ce matin. Sortir. Revenir à 14H. Dernier regard. Dehors. Long
couloir. Sortir. Tête vide. L’accusé est condamné à une peine de réclusion de 7 ans. Regards. Pire évité. Payer
la dette. 7 ans. Evacué par les gendarmes. Un signe de la main.
La tête. Chauffée. Sept ans. |
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Merci d'avance
Du bord d’un nuage
Penchés du bord d’un nuage,
ils observaient la Terre. |